Comment débuter le compte-rendu d’une telle course ? Les temps forts sont si nombreux !
Départ pour Millau vendredi après-midi, nous arrivons vers 19h30, je file avec Damien (mon suiveur) récupérer mon dossard et m’imprégner de l’ambiance, tout cela est bien sympathique, la pression monte. La nuit est courte dans le gîte, je cogite entre 2h et 6h du matin. Debout à 6h30, une bonne assiette de pâtes et jambon, café, de l’eau en quantité puis départ pour le Parc de la Victoire. Damien part pour rejoindre la zone vélo située à 6 km de la ligne. Je ronge mon frein, il fait frais. Enfin nous commençons le défilé derrière la fanfare locale pour rejoindre la ligne de départ. Pan ! C’est parti. 2000 coureurs s’élancent (1700 sur le 100 bornes, 300 sur le marathon). D’entrée je me cale sur le rythme prévu, je me fais énormément doubler, je ne réagis surtout pas. Première partie dans de superbes paysages le long du Tarn, c’est plat. Je rejoins Damien, tout va bien, les sensations sont excellentes. Passage au semi puis retour sur Millau sur des routes un peu plus vallonnées. Je ne m’arrête à aucun ravitaillement, mon beau-frère s’en charge et commence son long travail de coaching en me faisant boire et manger très régulièrement. J’ai eu la petite prétention d’annoncer la veille au soir à la famille que je serai de retour à la salle des fêtes pour le marathon à 14h02 !! Et j’arrive à … 14h02, précision métronomique… Du 10,5 km/h tout juste, je suis satisfait. Un petit signe en passant, je ne m’arrête pas. Je pointe à cet instant à la 253ème place.
Je commence à me faire du souci : j’ai déjà les cuisses raides, des douleurs bien présentes dans les jambes. Le passage en ville est désagréable, la circulation n’est pas coupée, il faut faire avec. Quelques kilomètres plus loin j’ai le viaduc en point de mire et là surprise ! La première vraie difficulté du jour : une côte très raide en ligne droite de 2,5 km. Damien m’encourage à prendre un gel « coup de fouet », je m’exécute et je ne vais pas le regretter, d’ailleurs dorénavant je suis complètement sous ses ordres et son emprise : il pense, m’encourage, il est la tête, je suis les jambes. J’avale la bosse sans trop de problème par contre je souffre le martyr dans la descente qui suit, mes appuis ne sont pas bons, je lève trop les cuisses et je me tasse. Damien m’observe et me conseille, j’allonge, me sert de mes bras et ça va mieux. Nous passons le panneau des 50 bornes, j’éprouve un mélange de fierté et d’appréhension : encore autant et le menu sera tout différent désormais. A partir de ce point là je m’arrête à tous les ravitaillements, et Dieu sait que je les attends ces petits havres de paix ! Nous arrivons à St Rome et nous lançons dans la longue montée en direction de Tiergues. Premiers passages obligatoires de marche, c’est vraiment raide. Au sommet nous basculons en direction de Saint-Affrique. La descente est interminable, enfin le village ! Nous en faisons le tour, c’est long… Arrêt de 3-4 minutes, boisson, bananes, gel et je redémarre. Je dois reconnaître que j’ai ressenti là un vrai coup de blues. Le problème maintenant c’est qu’il faut rentrer, encore 30 km et je connais la route… (je suis 208ème au classement général). La côte de Tiergues retour (la légende de Millau) se passe relativement bien, quelques passages de marche mais je m’accroche. Les bornes kilométriques sont espacées de 5 km, c’est bien car je ne cogite pas trop mais que c’est long 5 km quand on attend le prochain chiffre ! Descente sur St Rome et là je m’applique du mieux que je peux pour bien allonger la foulée, c’est payant : 11,5 km/h de moyenne sans augmenter trop la douleur. Je n’ai de toute façon plus de jambes mais deux bouts de bois en guise de membres inférieurs.
Replat à St Georges de Luzençon avant la prochaine difficulté tant redoutée : la remontée jusqu’au viaduc. Mon coach fait toujours son travail à merveille, il m’encourage et ce même quand je m’arrête de courir. Il me filme, fais le zouave… mais il sent que j’en bave vraiment désormais, ses conseils se font de plus en plus techniques et précis. Je vis alors une sorte de renaissance, je fais quasiment toute la montée en courant, je n’ai qu’une obsession : le viaduc. Nous passons la marque des 90 kilomètres et instinctivement je regarde ma montre : les 11 heures sont peut-être jouables. Damien me fait des remontrances : on s’en tape du chrono !! Oui mais bon… si en plus je pouvais accrocher ce temps… Descente terrible après le viaduc, j’allonge toujours, je double du monde. Nous avons à ce moment là une pensée émue pour les participants que nous croisons : ils n’ont fait que la moitié du trajet et il fait nuit ! Je ne les envie pas !
La suite (et la fin) se fait au mental. Entre le 95ème et le 98ème je cogite énormément, je rattrape les meneurs d’allures « 11 heures », je les double, je dois courir à 12 km/h environ ! Damien ne cesse de m’invectiver, me bouscule positivement. Je n’arrête pas de regarder mon chronomètre, ça va le faire ! En passant la borne 98 je lui demande une dernière fois à boire, je pense que c’est plus psychologique qu’autre chose, puis je repars, je fonce ! Les badauds nous encouragent, je suis ailleurs, c’est irréel. C’est au 99ème km que je craque (il faut bien au moins une fois non ?).
Je me mets à chialer, souffle court, je remercie mon Damien pour tout ce qu’il a fait pour moi, lui dit que sans lui cette expérience n’aurait pu avoir lieu. Un passant me lance gentiment : « craque pas mon gars, t’es arrivé, bravo ! ».
Je quitte Damien à l’entrée du parc, la famille m’attend pour la dernière ligne droite, mes loulous passent les barrières et courent les derniers 100 mètres avec moi, quelques secondes d’un bonheur sans nom, des larmes plein les yeux. Ils me laissent rentrer dans la salle et je gravis le fameux promontoire métallique avec des étoiles dans les yeux. 10h57. 181ème au classement général. Je suis hagard, je vacille. On me donne de suite mon diplôme et je me traîne vers le dernier ravitaillement de la journée. C’est fait. C’est fait !!!
Bonheur, souffrance, humilité, patience, souffrance encore. Quelle épreuve !
MERCI :
Un paragraphe obligatoire pour les remerciements qui s’imposent tout naturellement.
- Merci Damien, sans toi pas de Millau, tu es un coach hors norme et c’est vraiment la réussite d’un binôme dans cette course. Toujours les mots justes, la logistique irréprochable, le top !
- Merci Sophie d’avoir supporté mes humeurs, mon emploi du temps, d’avoir toujours cru en moi, même dans les moments de doute cet été.
- Merci Jacques pour ton investissement de la première heure, tes petits soucis t’ont empêché de m’accompagner à Millau mais qui dit que ça ne se refera pas ?
- Merci à mes beaux parents pour leur soutien et leur accompagnement physique et moral durant ce week-end, ce fut très réconfortant.
- Merci Pater pour tes sels minéraux si efficaces surtout par temps chaud.
- Merci à tous les amis qui m’ont lu, envoyé des commentaires sur ce blog (mention spéciale à Father Kruger, alias Grogoron, alias Franck Dux pour ses tirades toujours bien senties et si justes)
- Merci enfin à mon surpoids de début d’année 2004. Sans lui je n’aurais peut-être jamais commencé la course à pied par ces petites sorties de 4 km dont j’étais si fier…